Expositions/L'invité du mois

Aix-en-Provence met à l’honneur Canaletto

Le 6 mai dernier, le nouveau centre d’art d’Aix en Provence au cœur de l’Hôtel de Caumont, récemment restauré, ouvrait ses portes avec pour exposition inaugurale :  
Canaletto – ROME, LONDRES, VENISE, Le triomphe de la lumière

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UN LIEU

Tout d’abord un peu d’histoire. L’Hôtel de Caumont, qui se situe dans le quartier Mazarin est l’un des plus beaux hôtels particuliers de la ville. Sa construction, débutée en 1715, est due au marquis de Cabannes, François Rolland de Réauville (1658 – 1718), à l’époque second Président à la Cour des Comptes d’Aix en Provence. L’architecte de l’édifice fut Robert de Cotte (1656 – 1735) intendant et premier Architecte des Bâtiments du Roi.

Le fils du marquis, Joseph François (1691 – 1728) finit les travaux mais malheureusement, sa mort prématurée contraint sa veuve à vendre l’hôtel à l’une des plus riche famille de la région, les Bruny. En 1777, Jean-Baptiste Jérôme de Bruny (1724 – 1795), marquis de la Tour d’Aigues était le Président du Parlement de Provence. Ce dernier grand passionné d’art, membre de l’académie de peinture de Marseille, fait du lieu l’un des rendez-vous à ne pas manquer de la société aixoise. Selon quelques témoignages, on dit que lors des réceptions privées du marquis son laquais attendait les visiteurs dans le vestibule de l’entrée déguisé à l’oriental, preuve de l’extravagance du lieu. L’ensemble du décor témoigne également de la richesse de ses propriétaires par exemple par les ferronneries de la façade de l’Hôtel ; les deux atlantes arc-boutés dans le hall d’entrée ou encore les gypseries du plafond dorées à l’or fin du Salon de musique. Petit plus, une fontaine intérieure, histoire d’encore bien affirmer sa richesse, l’eau étant rare et très précieuse dans la région.

C’est à l’un des derniers membres de la famille Bruny et propriétaire que l’Hôtel doit son nom, Pauline (1767 – 1850), fille de Jean-Baptiste et épouse du marquis de Caumont, Amable de Seytres (1764 – 1841). Sa chambre peut être visitée et est un exemple du style rocaille très en vogue au cours du XVIIIe siècle. Ce siècle redécouvrant l’intimité est symbolisé par le superbe lit dit « à la polonaise » * présent dans la pièce. De plus un magnifique portrait de la belle Pauline de Caumont (son mari se vantait de « prendre à la Provence sa plus belle fille ») se trouve sur le miroir, seule représentation de cette femme alors connue.

Pour finir, c’est en 1964, que par legs de la famille Isenbart, la municipalité d’Aix en Provence y installa son Conservatoire national de musique et de danse.

* Le lit dit « à la polonaise » est typique du XVIIIe siècle : de ses deux dossiers naissent quatre colonnes qui se prolongent pour former un baldaquin, d’où une grande pièce de tissu pouvait se fermer lors des moments intimes.

Façade de l'hôtel

Façade de l’hôtel

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Chambre de Pauline

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Salon de musique

UNE EXPOSITION
Canaletto – ROME, LONDRES, VENISE, Le triomphe de la lumière

Cette exposition tente par le choix de 50 œuvres de Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (Venise, 1697 – 1768) de donner un nouveau regard sur la carrière de l’artiste, à travers une thématique chère à ce dernier : la lumière. Peintre principalement connu pour avoir représenté Venise – La Sérénissime –  au travers de ces innombrables veduta, ses « vues », Canaletto ne s’est pourtant pas seulement entiché de cette ville. En effet, l’exposition met en avant la place qu’ont tenu les villes de Rome en Italie et de Londres en Angleterre dans l’évolution de son style.

C’est comme peintre de décors de théâtre que Canaletto a commencé sa carrière ! En effet, c’est dans l’atelier paternel que l’artiste fait ses premiers pas, son père Bernardo Canal (1674 – 1744) étant peintre décorateur. C’est grâce à un séjour à Rome en 1720 – 1721, que Canaletto développa un répertoire de sujets nouveaux celui de la  représentation de l’architecture antique de Rome. C’est le début des caprices !

Petite explication : le caprice de « capriccio » en italien, est un genre pictural très répandu au XVIIIe siècle et est au contraire du style de la « veduta » (vue), une représentation quasi imaginaire d’un paysage. Canaletto excella dans les deux registres.

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Canaletto, Rome, l’Arc de Septime Sévère, 1720-1721, huile sur toile, collection particulière

Après cet épisode romain, Canaletto retourne à Venise et de 1721 à 1746 il réalisa ses plus belles toiles de la ville.

Canaletto mélange les genres de la « veduta » et du caprice pour peindre. Ses premières toiles témoignent de sa virtuosité technique, l’artiste travaillant sur le motif. Le Grand Canal qui traverse la ville devient l’un de ses sujets de prédilection, il nous offre alors une multitude de vues en perspective de la ville, singulière car bâtie sur l’eau. Néanmoins, ses représentations ne sont pas toujours exactement fidèles à la réalité, l’artiste modifiant le réel, toujours dans une quête d’harmonie parfaite. Par le biais de ses œuvres, Canaletto nous fait visiter sa Venise ! A noter que sa palette de couleur s’élargie, ses coups de pinceaux deviennent plus nets et précis et la facture des tableaux devient plus fine. L’artiste développe également un sens aigu pour le clair-obscur et pour les contrastes de lumière, spécificité qu’il le suivra tout au long de sa carrière.

Le Grand Canal vers le nord-est du palais Balbi au pont du Rialto, 1723, huile sur toile, Venise, Fondazione Musei Civici di Venezia

Le Grand Canal vers le nord-est du palais Balbi au pont du Rialto, 1723, huile sur toile, Venise, Fondazione Musei Civici di Venezia

Au fil des années Canaletto rencontre un vif succès et comme il était de coutume à l’époque tous les grands personnages de la ville lui passaient commande ! Ainsi il est devenu le peintre des fêtes officielles de la ville et surtout d’une, celle de l’Ascension appelée également Sensa, très appréciée des Vénitiens. Cette cérémonie religieuse avait une grande signification politique et symbolique, le but étant d’unir Venise à la mer grâce à un anneau d’or que l’on jetait dans lagune. Seul le doge personnage religieux de la ville avait le droit de le faire de son bateau appelé le Bucentaure (vaisseau doré sur le tableau ci-dessous).

Cette peinture est saisissante pour d’une part la palette de couleur utilisée et surtout pour le détail dont Canaletto fait preuve, remarquez en bas à gauche le rameur obligé de ralentir brusquement sa barque pour éviter de rentrer dans le couple devant lui !

Venise, le Bucentaure de retour au Môle, le jour de l’Ascension, vers 1731-1732, huile sur toile, Durham, The Bowes Museum

Venise, le Bucentaure de retour au Môle, le jour de l’Ascension, vers 1731-1732, huile sur toile, Durham, The Bowes Museum

Autre sujet cher à l’artiste : l’architecture Palladienne. Très présente dans la ville elle est due à l’architecte Andrea Palladio (1508 – 1580), vif défenseur de l’architecture romaine classique. Canaletto réalisa treize tableaux représentant les édifices de Palladio entre 1744 et 1746, suite à la commande faite du banquier anglais Joseph Smith, mécène et collectionneur du peintre. Au cœur de toiles savamment organisées, l’artiste s’adonne encore une fois au genre du caprice qui devient la architectonique ! On remarque encore une fois ce jeu de contraste lumineux, fait d’une lumière douce et vive à la fois qui permet de mettre en avant l’architecture au centre de la toile.

Caprice, le Pont du Rialto selon le projet de Palladio, 1744, huile sur toile, Londres, The Royal Collection

Caprice, le Pont du Rialto selon le projet de Palladio, 1744, huile sur toile, Londres, The Royal Collection

A mi parcours, une expérience unique vous attend. Fruit de l’artiste vénitien Gianfranco Iannuzzi, cette « exposition immersive » est en fait une installation numérique appelée Capriccio Veneziano. Entre effets visuels et sonores, rentrez au cœur de l’univers pictural de Canaletto !

Dernier voyage de sa vie l’Angleterre dans la ville de Londres ! A chaque période son motif, là Canaletto s’attache à la représentation de la Tamise mais également à celle du Pont de Westminster.  Par une luminosité éclatante et délicate, Canaletto s’attachera tout au long de son séjour à retranscrire la variation du paysage londonien suscitant par ailleurs l’admiration des artistes anglais, notamment pour ses grandes qualités de dessin. A la fin de son voyage en 1755, Canaletto retourna à Venise où il restera jusqu’à sa mort en 1768.

Londres, le Pont de Westminster vu du Nord, avec le défilé du lord-maire, le 29 octobre 1746, 1746-1747, huile sur toile, New Haven, Yale Center for British Art

Londres, le Pont de Westminster vu du Nord, avec le défilé du lord-maire, le 29 octobre 1746, 1746-1747, huile sur toile, New Haven, Yale Center for British Art

L’avant dernière thématique de l’exposition – Du dessin à la peinture – permet de rendre compte de l’excellente qualité de dessinateur de Canaletto. Pour ses croquis il travaillait à la fois avec la plume, l’encre et l’aquarelle. Pour arriver à la précision technique de ses toiles il utilisait la chambre noire où  camera obscura, instrument optique considéré comme l’ancêtre de l’appareil photographique. Au bout de la salle, vous même vous pouvez faire l’expérience de cette caméra, un exemplaire étant exposé !

La dernière partie de l’exposition est consacrée à Canaletto et ses héritiers ou plutôt Canaletto et ses rivaux. Dans cette salle, l’artiste fait face à deux autres peintres qui connaîtront à leur tour un grand succès, Francesco Guardi (1712 – 1793) et Bernardo Bellotto (1722 – 1780), ce dernier étant le neveu et élève de Canaletto. Bien que se différenciant de Canaletto par leur façon de peindre, on note que les deux jeunes artistes témoignent dans leurs toiles d’une admiration pour le maître Sérénissime !

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Francesco Guardi, Venise, les Fondamenta Nuove avec la lagune et l’île de San Michele, vers 1757, huile Oxford Ashmolean Museum

Pour bien finir, ne manquez pas d’aller faire un tour au Café Caumont qui se trouve dans les salons historiques au rez-de-chaussée de l’Hôtel. Ce dernier donne sur une terrasse d’où vous pourrez visiter le jardin à la française, fait d’une magnifique broderie de buis au centre et fermé par la fontaine des Trois-Tritons.

Il vous reste encore quelques jours pour venir découvrir le lieu et son exposition,
celle-ci étant prolongée jusqu’au 20 septembre !
Caumont Centre d’Art, 3 rue Joseph Cabassol, 13100 Aix en Provence.

Article écrit par DER MARKARIAN Diane, invitée du mois de septembre 2015.

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