Expositions/L'invité du mois

Introduction à l’art de Fragonard

Par Pierre Henry Gamelin, Art & Culture.12190231_971803862875278_491881796_o

Le titre de la nouvelle exposition que propose le Musée du Luxembourg du 16 septembre 2015 au 24 janvier 2016 « Fragonard amoureux et libertin » semblerait s’attarder sur les passions sentimentales du cher Frago. Que nenni, il en est point ! Loin d’évoquer la vie amoureuse du peintre, l’exposition relate plutôt la représentation de l’humeur de l’époque, également et surtout mouvement littéraire : le libertinage.

En effet, même si nous connaissons davantage le mouvement pictural du fameux « rococo », il ne faut pas oublier que c’est avant tout dans la littérature que le libertinage se fait connaître. Lectures interdites, peu de personnes peuvent accéder à ces romans aux moeurs peu recommandables alors que le marché du livre se libère et devient accessible à la plupart des contemporains du XVIIe et XVIIIe siècle. La Fontaine, adulé et recommandé pour ses fables moralistes n’en est pas moins décrié pour ses fameux et scandaleux contes. De même, une série de romans pour adultes sont publiés, auxquels ont pourrait citer de 1761 Rousseau et La Nouvelle Heloise ou de 1782 Laclos et Les liaisons dangereuses. Il est certes déconcertant d’appréhender le XVIIIe siècle dans ses complexités et surtout dans ses antagonismes. En réalité du libertinage aux Lumières, il n’y a qu’un pas, celui de la recherche du bonheur et de liberté par la remise en cause des institutions.

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Jean-Honoré Fragonard, Les hasards heureux de l’escarpolette, 1767, London, Wallace Collection

La mort de Louis XIV et la régence de Philippe d’Orléans profitent au libertinage, qui s’étend aux plus hautes sphères de l’aristocratie. Et c’est bientôt la société entière qui joue le jeu et crée comme le rappelle Guillaume Faroult, conservateur du Louvre et commissaire de l’exposition : la « création de l’art de la galanterie  typiquement français de l’élégance, de la parole et de la pensée ». Cet art des boudoirs est un système relationnel utopique envers l’autre, ce que l’on peut appeler aujourd’hui la civilité.

L’un des premiers peintres à le représenter est François Boucher, chez qui notre cher Frago se forme. Boucher perfectionne l’iconographie des « bergers galants » ou des « Pastorales ». Ces thèmes champêtres sont héritiers des « fêtes galantes » et présentent sans doute le sentiment amoureux, et parfois coquin mais ne dépassent jamais la vulgarité grivoise. Souvent, un groupe de bergers batifolent dans un paysage idyllique, inspiré de l’Antiquité rêvée. En reprenant cette iconographie, Fragonard s’engage d’autant plus dans un certain érotisme rustique et populaire parfois violent, mettant en scène amours des Dieux, au même niveau que les amours terrestres.

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François Boucher, La Pastorale d’automne, 1749, London, Wallace Collection

Pensionnaire à l’Académie de Rome de 1756 à 1761 où il étudie l’Antiquité, Fragonard revient en France avec tout un panel de motifs antiquisants qu’il replacera dans ses tableaux. Un putto, une fontaine, une statue se retrouvent parfois à l’arrière plan de ses compositions galantes. De cet aspect pittoresque  de la nature et des ruines, se dégage un certain regard quelque peu nostalgique sur le sentiment amoureux. Fragonard semble annoncer ce sentiment romantique, tant développé au début du XIXe siècle.

Galant, Fragonard s’engage parfois sur des voies plus crues, déjà empruntées par Pater ou Boucher : celles de l’imagerie licencieuse. Peintre de boudoir, il participe à des décors de lieux destinés au Plaisir. Les plus luxurieux tenaient des cabinets d’art graphique érotique. Cette liberté que l’on retrouve dans sa technique spontanée et son geste rapide, contribue à représenter la fusion érotique de l‘étreinte. Légende ou pas, au XIXe siècle, un témoin rapporte que le peintre aurait déclaré « je peins avec mon cul ». Fragonard meurt dans son logement du Palais Royal en 1806, laissant derrière lui une oeuvre exceptionnelle et de nombreux héritiers artistiques.

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Jean Honoré Fragonard, Une jeune femme endormie, 1756-61, Collection privée

DOCUMENTATION

  • LEVEY Michaël, du rococo à la révolution, London, Thames & Hudson, 1966.
  • Catalogue d’exposition : (MUSEE JACQUEMART ANDRE), Les fêtes galantes de Watteau à Fragonard, 2014.
  • Catalogue d’exposition : (MUSEE DU LUXEMBOURG), Fragonard amoureux, 2015
  • Conférence au Musée du Louvre le 23 septembre 2015 « Fragonard amoureux » par Guillaume Faroult, conservateur du Musée du Louvre et Commissaire de l’exposition.
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