L'invité du mois

Réflexion sur l’art, par un inexpert en la matière

Par Quentin Perissinotto, rédacteur culture chez Modern Paper.

Caspar David Friedrich, Voyageur au dessus d'une mer de nuages

Caspar David Friedrich, Voyageur au dessus d’une mer de nuages

Je dirais que l’art est un médium de connaissance ontologique et transcendantal. Autrement dit, une escroquerie. Bien des personnes se sont attachées à définir l’art, des courants se sont opposés, des artistes écharpés sous la bannière d’une seule question : qu’est-ce l’art ? Il ne s’agit pas ici de séparer l’art du vivant ou du réel, mais plutôt de considérer les deux en parallèle. L’art, dans son extension la plus grande (peinture, littérature, musique, sculpture etc.), est un organisme vivant. Considérons donc ce système comme nous avons pu le faire avec les langues. Du point de vue structuraliste et saussurien, l’art serait bipartite : partagé entre le signifiant (la forme, le médium de représentation) et le signifié (le fond, ce qui est représenté), l’art fonctionne comme tout être vivant : il évolue. Si nous pouvons voir l’art comme le chant du monde, il n’est pas rare, parmi les virtuoses, de retrouver des Kendji. Si le domaine artistique est ainsi un terrain de jeu libre, il en est tout autre de la classification « œuvre d’art ». Est œuvre d’art ce qui présente tant par sa forme que par son fond non pas une cohérence – fond et forme ne se trouvent jamais à l’état isotopique et ainsi forment un tout – mais un raffinement qui impressionne. Par raffinement il faut comprendre travail de polissage, encore faut-il rendre ce travail d’artisan invisible au final.

Claude Monet, Bateaux quittant le port

Claude Monet, Bateaux quittant le port

Cette longue tirade liminaire m’aura permis d’en venir à ce que je recherche dans l’art : l’impression merveilleuse (merveilleux à saisir dans son sens médiéval, à savoir < mirabilia ‘ce qui frappe l’esprit’). L’existence étant une quête sensible, l’art s’inscrit pleinement dans ce vivant. Il est un moyen de questionner l’autre et le soi. Ainsi précédemment nommé « recherche ontologique et transcendantale ». L’art représente cette part d’inconnu, de perte de maîtrise, ce terrain que l’on cherche à conquérir, à maîtriser. Chaque tableau est ainsi une production et une projection. Il est le vecteur direct d’une sensibilité, celle de l’artiste, à laquelle se conjugue celle de celui qui l’admire. Ce n’est pas le domaine scientifique, concret de l’art qui m’intéresse, mais la part d’invisible qu’il invoque qui me fascine. Le tableau ne serait donc pas devant nos yeux, mais situé à la croisée de deux sensibilités, dans un entre-deux quasi cosmique. L’art est donc pour moi, comme l’est la poésie pour Rainer Maria Rilke, une dialogique constante. C’est pourquoi écumer les expositions, les musées ou simplement me laisser impressionner par les monuments ne participe à rien d’autre qu’à rechercher l’autre en moi.

Joan Miro, Poisson chantant

Joan Miro, Poisson chantant

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