Expositions/Histoire de Marseille

André Masson, de Marseille à l’exil américain

Le Musée Cantini met à l’honneur l’artiste surréaliste André Masson, grâce au prêt exceptionnel de ses enfants qui nous donne ainsi l’occasion d’admirer des oeuvres rarement exposées jusqu’alors. En tout, 16 peintures et 44 dessins, présentés en deux volets. (1)

André Masson est considéré comme un artiste majeur du XXe siècle, membre du groupe surréaliste dès 1924, il est proche de Georges Bataille, Michel Leiris, Antonin Artaud, et entretient des relations tumultueuses avec André Breton, l’autoproclamé chef de file du mouvement grâce à son Manifeste du Surréalisme. (2) Ce dernier exclura Masson du mouvement en 1929, dans le Second Manifeste du Surréalisme, qui fera partie par la suite d’un surréalisme dit « dissident ».

IMG_2040L’oeuvre de Masson est ainsi placée sous le signe d’un certain onirisme – on connait le penchant des surréalistes pour le rêve et l’exploration du psychisme humain – et il se livre tout particulièrement à des expériences basées sur l’automatisme. Sa ligne de dessin est conduite par le hasard, donnant naissance à des formes aléatoires. On lui attribue également la paternité des « tableaux de sable ». Mais il est aussi éloigné du surréalisme radical d’André Breton en ce qu’il n’hésite plus à intégrer à son oeuvre l’horreur et la bassesse du monde, ainsi que les pulsions sexuelles. Il sera notamment beaucoup marqué par la guerre – la guerre civile espagnole, puis la Seconde guerre mondiale. En effet, au début des années 40, de nombreux artistes et intellectuels juifs ou militants anti-nazis sont recherchés par le régime mis en place par Hitler. Ce contexte troublé aura une empreinte indélébile sur l’art de toute une génération, en particulier la génération surréaliste.

Le fait que Marseille accueille cette exposition n’est ainsi pas anodin : c’est ici que ces artistes trouveront un refuge, en attente d’un VISA pour les Etats-Unis. Il est important de rappeler le rôle déterminant qui fut joué par Varian Fry, journaliste américain porté volontaire, à qui l’exposition rend hommage : son action permis de sauver entre 2000 et 4000 personnes menacées par le régime nazi pendant la Seconde Guerre Mondiale.

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Le groupe surréaliste à la villa Air-Bel

Max Ernst, Jacqueline Lamba, André Masson, André Breton et Varian Fry

Max Ernst, Jacqueline Lamba, André Masson, André Breton et Varian Fry

André Masson fut l’un d’eux. Il séjourna à la Villa Air-Bel, une bastide située dans le quartier de la Pomme à Marseille, louée par le CAS (Centre Américain de Secours), sous l’égide de Varian Fry, grâce au don d’une riche héritière américaine et au patronage d’Eleanor Roosevelt. Sa mission initiale de sauvetage devait durer 3 semaines, il est finalement resté 13 mois, avant de se faire expulser en 1941. Ainsi, cette villa fut le refuge enchanteur des surréalistes candidats à l’exil américain : André Breton avec sa femme et sa fille, Victor Serge, qui renomme la villa  « Château Espère-Visa », mais aussi Victor Brauner, Wilfredo Lam, Max Ernst, Hans Bellmer, Tristan Tzara, René Char, Marcel Duchamp, et bien d’autres…

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Les artistes vont devoir cohabiter dans cette bastide isolée, n’hésitant pas à s’adonner à des jeux ou autres activités collectives ludiques. L’exposition présente notamment un accrochage de dessins collectifs, où les artistes s’adonnent à une sorte de cadavre exquis pictural, dont le résultat est tout à fait fascinant. De même, le Jeu de Marseille est créé à cette époque, à la villa Air-Bel mais aussi Au Brûleur de loups, un café sur le Vieux-Port qui accueillait souvent les réunions des artistes. Ce jeu est basé sur le modèle du fameux Tarot de Marseille, et le musée Cantini reçu en 2003 le don des 22 dessins du jeu par la fille d’André Breton, toujours en hommage à Varian Fry.

Après Marseille, les Etats-Unis. André Masson obtient son Visa, et après une escale aux Antilles,il s’installe dans le Connecticut jusqu’en 1945. Il participe alors à la diffusion des idées surréalistes aux Etats-Unis et son influence sur les artistes Jackson Pollock et Arshile Gorky est déterminante. Les tableaux américains présentent une véritable liberté du geste, associée à une imagerie mythologique (3), et un enchevêtrement total des formes et des couleurs. Antille, considéré comme l’un de ses chef-d’oeuvres, est emblématique de cette période.

L’oeuvre d’André Masson est passionnante à découvrir dans cette exposition, malgré un accrochage confus, une remise en contexte et des cartels presque inexistants, qui n’aideront pas les visiteurs les moins aguerris sur le sujet à  comprendre les enjeux de cet hommage. Toutefois, il est toujours bon de se rendre dans ce petit musée du centre-ville de Marseille, où la collection permanente nous offre quant a elle un panorama de l’art moderne du XXème siècle.

(1) Exposition en deux volets : le premier du 15 novembre 2015 au 15 mars 2016, le deuxième du 17 mars 2016 au 24 juillet 2016. Une partie des dessins seront ainsi renouvelés. 

(2) Sa définition du surréalisme : « Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale »

(3) La figure du Minotaure est récurrente, dont le nom fut d’ailleurs donné à la revue surréaliste qui tenta de réunir les deux branches divisées du mouvement. 

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