Expositions

Fantin-Latour, « À fleur de peau »

Le Musée du Luxembourg rend hommage au peintre Henri Fantin-Latour, principalement connu pour sa veine réaliste, ses portraits de groupe et ses natures mortes. Mais la rétrospective, à travers une soixantaine de tableaux, une trentaine de lithographies,  de dessins, et aussi d’études et de photographies, en dresse un portrait plus nuancé, et dévoile ainsi une veine encore  méconnue de son oeuvre, plus poétique et symboliste.

Suivant un plan chronologique, l’exposition nous fait voir l’évolution de cet artiste indépendant et marginal, témoin de son époque, et amoureux de la musique… « A fleur de peau », c’est un joli titre, fidèle à la sensibilité qui se dégage de la production de Fantin-Latour, dans chaque facette de son oeuvre.

LE CULTE DE LA NATURE

Le jeune Fantin-Latour se lance très tôt dans la peinture, entre l’atelier parisien d’Horace Lecoq de Boisbaudran et la copie intensive des maitres au Louvre. Il prend pour modèles ses soeurs, ou lui-même, dans des autoportraits dramatiques mais néanmoins élégants. Sa première tentative au Salon, où il propose des oeuvres austères et personnelles mettant en scène ses soeurs, se solde par un échec : les oeuvres sont refusées. Il part alors pour Londres, sur les traces de l’américain James McNeill Whistler. Il y découvre un monde nouveau, où il fait des rencontres marquantes (Edwin Edwards) et apprend des nouvelles techniques comme l’eau-forte. Ses nouveaux amis anglais l’encouragent sur la voie de la nature morte, genre dans lequel il va bientôt exceller, devenant même sa meilleure source de revenus.

Ce pan de son oeuvre  prouve son sens de l’observation, ainsi que sa virtuosité dans la composition des bouquets, l’équilibre des couleurs ou le rendu des matières. Ses natures mortes sont très appréciées en Angleterre, mais il fait le choix de rentrer à Paris, ville dynamique, en plein tourbillon de modernité…

« Paris, c’est l’art libre. On n’y vend rien mais il y a sa libre manifestation et des gens qui cherchent,  qui luttent, qui applaudissent ; on y a des partisans, on y fonde une école ; l’idée la plus ridicule comme la plus élevée y a ses partisans, etc. »

En 1876, il épouse Victoria Dubourg, qui lui servait de modèle après le départ de ses soeurs, elle aussi est peintre de natures mortes. Il réalisera plus de 800 tableaux de fleurs entre 1864 et 1896. Une manière propre à l’artiste se distingue alors. Très hostile aux principes du plein air, ses décors sont dépouillés, les fonds neutres. La lumière est toujours tamisée, rendant plus délicat le rendu des fleurs ou des fruits qu’il pose sur sa toile. L’atmosphère semble toujours douce et paisible.

FANTIN-LATOUR PORTRAITISTE

A son retour de Londres, Fantin-Latour construit peu à peu une nouvelle facette de son oeuvre. C’est entre 1864 et 1872 qu’il réalise ses tableaux les plus célèbres,  qui évoquent le portrait de groupe hollandais. Mais Fantin Latour est résolument moderne, et se place en témoin de son époque, dans la lignée de Courbet et du réalisme théorisé par Champfleury.

Le coup est donné en 1864, lorsqu’il présente au Salon l’Hommage à Delacroix. Il faut replacer l’oeuvre dans son contexte, qui est celui du débat sur le réalisme lancé au lendemain de l’Exposition Universelle en 1855. Une nouvelle génération de peintres se présente, se réclamant de Courbet tout en développant l’esthétique de la modernité telle que Baudelaire l’esquissait dans Le peintre de la vie moderne. Delacroix, le « vrai peintre du XIXème siècle », meurt en 1863, sans faire de bruit, ses funérailles sont très modestes. Cela scandalise les artistes Fantin-Latour, Baudelaire, Manet, Whistler… qui décident de lui rendre l’hommage qu’il mérite. Un portrait de Delacroix est placé au centre de l’oeuvre, entouré des personnalités artistiques qui revendiquent fièrement leur filiation au géant de la peinture. Whistler, Manet, mais aussi Baudelaire, Duranty, Champfleury, ou Bracquemond, tous posent dans l’habit noir du XIXème siècle. L’oeuvre semble être une déclaration esthétique, en opposition avec l’Académie. Profondément originale, sans équivalent jusque là, elle récolte des critiques plutôt mitigées.

Hommage à Delacroix, 1864, Musée d’Orsay

Fantin-Latour garde la même recette et présente en 1870 Un atelier aux Batignolles, hommage plutôt appuyé à Edouard Manet, représenté assis dans son atelier, entouré du groupe des Batignolles. Là encore, les personnalités présentes sont identifiables : Zacharie Astruc, Renoir, Monet, Zola, Bazille…. Cette fois, c’est un succès.

Le Coin de table (1872) est le dernier grand portrait de groupe de la période, plus littéraire puisqu’il met en scène principalement des poètes. La présence de Verlaine et Rimbaud rend le tableau célèbre encore aujourd’hui. Tous issus du Parnasse, mouvement poétique qui domine les années 1860, les convives du Coin de table partagent une entreprise commune : la fondation d’une revue, La Renaissance littéraire et artistique. Ce tableau achève de forger la réputation de Fantin comme portraitiste brillant.

  FANTIN COQUIN 

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L’exposition révèle aussi le fonds photographique conservé au Musée de Grenoble, inédit et méconnu. S’il dit en 1888 « Moi je suis fanatique de la photographie », le caractère très grivois, presque pornographique de certaines clichés dévoile son goût pour la nudité féminine. Plus simple et moins cher que de faire poser un modèle vivant, la photographie était pour lui un bon compromis pour ses études.
Parmi ces images qu’il collectionnait compulsivement, beaucoup sont l’oeuvre du photographe Félix-Jacques Moulin, condamné à 1 mois de prison pour outrage aux bonnes mœurs, ses daguerréotypes jugés « tellement obscènes que même l’énonciation des titres serait un délit d’outrage à la morale publique», ou celle de Guglielmo Plüschow, qui avait quant à lui un sérieux penchant pour les jeunes garçons.

L’IMAGINATION 

Les compositions d’imagination surviennent très tôt dans l’oeuvre de Fantin-Latour, dès 1854. Il n’explore cependant pas cette veine, préférant le réalisme des natures mortes et des portraits. L’année 1876 est ainsi décisive, marquée par l’Hommage à Berlioz, œuvre charnière entre ses portraits de groupe et les véritables sujets d’imagination. L’amour que Fantin-Latour porte à la musique l’influence grandement dans sa peinture. Wagner, Schuman et Berlioz lui permettent d’ouvrir un nouveau chapitre de son oeuvre, le dernier. Il assume la fantaisie et la féérie dans des compositions qui n’ont désormais plus rien à voir avec ses oeuvres d’après le réel, mais qui trouvent malgré tout des acheteurs. Il cherche à traduire en peinture les sentiments que lui procure la musique moderne. Cette dernière période est marquée par la maturité de l’artiste, qui se fait plaisir, et écoute enfin les penchants lyriques de son âme. Après le peintre des fleurs, le peintre des hommes modernes, Fantin-Latour devient le « peintre des musiciens« .

« J’ai commencé par copier les maîtres, puis la vie. Depuis quelques années je peins mes songes. Je suis arrivé lentement de la réalité au rêve. Ce voyage a presque duré toute ma vie »

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